Devrait-on modifier la cible d’inflation de la Banque du Canada ?

2016-05-10

7 décembre 2009

Bonjour,

Il y a environ deux semaines, le 27 octobre, j’ai posé une question sur le dollar au gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, lors de sa comparution devant le Comité permanent des finances.

Au cours des dernières semaines, M. Carney a affirmé à plusieurs reprises qu’il interviendrait pour contenir le dollar s’il augmente trop par rapport au dollar américain.

Comme vous le verrez dans l’extrait qui suit, il est d’accord avec moi pour dire qu’une monnaie forte entraîne aussi bien des avantages que des désavantages. Mais sa réponse soulève un point intéressant en ce qui a trait à la façon dont la Banque du Canada mène sa politique.

Question: Vous avez dit à plusieurs reprises que vous n’hésiterez pas à intervenir si notre dollar augmente trop par rapport au dollar américain. En lisant vos propos, on a l’impression que la force d’une devise n’a que des conséquences négatives, pour les industries exportatrices et pour la croissance de l’économie à court terme.Mais une monnaie forte bénéficie également aux consommateurs en réduisant les prix des importations ; aux voyageurs qui vont aux États-Unis ; aux entreprises qui importent de la machinerie des États-Unis ; et aux investisseurs canadiens qui investissent à l’étranger.

Une intervention de votre part aurait aussi des conséquences négatives. Ça signifie créer des dollars canadiens pour dévaluer notre monnaie aussi vite que le dollar américain est dévalué par la Fed. Il est généralement reconnu que durant la Grande Dépression, les dévaluations compétitives ont aggravé la crise.

J’aimerais donc vous demandez si vous êtes d’accord qu’il y a des pour et des contre à la hausse de notre dollar et si oui, comment faites-vous pour prendre une décision équilibrée qui tient compte de tout cela ?

Merci.

Réponse: Monsieur Bernier a raison, il y a des conséquences positives et négatives à la vigueur de notre devise. Mais ce qui importe en définitive, c’est l’incidence du taux de change, conjugué à tous les autres facteurs internes et externes, sur la demande globale et l’inflation au Canada. C’est ça qui détermine la politique monétaire de la Banque du Canada. 

(NB: Ceci n’est pas une transcription mot pour mot mais une adaptation des notes dont je me suis servi pour ma question et de la réponse de M. Carney.)

Sa réponse est très claire. Ce qui détermine la politique de la Banque du Canada est l’impact du taux de change et de tous les autres facteurs sur la demande globale et sur le taux d’inflation au pays.

Quels que soient les avantages et désavantages d’un dollar fort, M. Carney nous dit essentiellement que ce n’est pas pertinent, et que ça compte uniquement dans la mesure où cela a un effet sur l’inflation des prix.

Vous le savez peut-être, il existe une entente entre la Banque du Canada et le ministre des Finances qui établit une cible d’inflation des prix de 2%. En ce moment, l’indice des prix à la consommation est en dessous de zéro. Pour atteindre sa cible, la Banque doit donc mener une politique monétaire qui aura pour effet d’augmenter le taux d’inflation des prix. L’une des choses qu’elle a faites pour atteindre cet objectif a été de réduire les taux d’intérêt à près de zéro.

C’est aussi pour cette raison que M. Carney n’aime pas voir le dollar canadien trop augmenter par rapport au dollar US. Cela a pour effet de réduire le prix des biens importés et de rendre la vie plus difficile aux exportateurs canadiens. En conséquence, cela diminue encore plus le taux d’inflation des prix, alors que M. Carney souhaite que les prix augmentent plus vite. Voilà pourquoi il se dit prêt à intervenir.

Une intervention de la Banque signifierait qu’on crée des dollars canadiens à partir de rien et qu’on s’en sert pour acheter des dollars américains, ce qui entraînerait une baisse du prix du dollar canadien sur les marchés de change.

Comme je l’ai dit à plusieurs reprises déjà, je ne crois pas que l’inflation monétaire et l’inflation des prix soient quelque chose de positif pour notre économie et pour les consommateurs canadiens. L’inflation est l’équivalent d’une taxe, dans la mesure où cela diminue la valeur de l’argent que nous avons dans nos poches et dans notre compte de banque. Il est vrai que la plupart d’entre nous obtenons des augmentations de salaire qui permettent de compenser cette perte de pouvoir d’achat. Mais ça appauvrit ceux qui ont des revenus qui augmentent moins vite que les prix.

L’inflation monétaire est une façon cachée de redistribuer la richesse de certains groupes vers d’autres groupes de la société. Ça entraîne aussi toutes sortes de distorsions dans les marchés et c’est la cause des périodes de booms et de krach que notre économie continue de traverser.

L’entente sur la cible d’inflation des prix entre la Banque et le ministre des Finances est établie pour cinq ans et doit être renouvelée l’an prochain, en 2011. Je pense que c’est un très bon moment pour tenir un débat sur les conséquences de l’inflation. Devrions-nous réduire la cible à 1% ? Ou si l’inflation est une mauvaise chose, pourquoi pas à 0% ?

Revenez visiter mon blogue pour d’autres détails sur cette question.

Merci d’être à l’écoute et à bientôt.