Ma position sur le projet de nouvel amphithéâtre à Québec

2016-05-10

10 septembre 2010

Depuis deux jours, j’ai reçu de nombreuses demandes pour clarifier ma position sur le projet de nouvel amphithéâtre de Québec qui serait financé à 100% par les gouvernements. J’ai exprimé hier mes principales réserves dans une entrevue à une station de radio en Beauce (le quotidien Le Soleil résume mes propos dans un article ce matin).
Comme plusieurs me l’ont fait remarquer, je ne peux pas faire régulièrement des discours à travers le pays où je parle de responsabilité individuelle et de la part des gouvernements, de la nécessité de restreindre nos dépenses, vivre selon nos moyens et réduire l’intervention de l’État, tout en refusant de prendre clairement position sur un dossier où ces principes sont directement concernés.

La dure réalité, c’est que nous venons de traverser une crise économique mondiale – qui reste très préoccupante et dont nous n’avons sans doute pas encore vu l’issue – et que les gouvernements, autant à Québec qu’à Ottawa, sont lourdement endettés. Notre gouvernement vient de faire un gigantesque déficit de 56 milliards $ et la priorité est de retourner à l’équilibre budgétaire le plus tôt possible. Il faut régler ce déficit en coupant dans nos propres programmes et éviter à tout prix de s’embarquer dans des aventures financières risquées.

Je n’ai aucunement été impressionné par les conclusions de l’étude d’Ernst & Young, qui qualifie de « rentable » le projet d’amphithéâtre – mais uniquement dans l’hypothèse où ce sont les gouvernements qui financent entièrement sa construction et les réparations et rénovations pour les 40 prochaines années. On joue avec les mots. Ce qu’il faut conclure, c’est plutôt que le projet n’est tout simplement pas rentable et qu’il constituera un fardeau financier pour les contribuables pour des décennies à venir, même dans le meilleur des scénarios. C’est pour cette raison qu’aucun acteur privé ne souhaite y participer.

Enfin, l’un des arguments les plus souvent entendus à Québec en faveur d’un financement public est que « Montréal a eu tel investissement », « Toronto a bénéficié de tel programme » ou « Vancouver a reçu tel montant ». Comme nos gouvernements dépensent à gauche et à droite depuis des décennies, il est impossible de réfuter cet argument.

C’est justement cette spirale sans fin de la dépense et de l’endettement qui nous a amenés dans la situation intenable où nous sommes aujourd’hui. Et c’est elle qui dresse les Canadiens les uns contre les autres, dans l’espoir de s’accaparer une partie du magot qu’est le trésor public.

On le constate déjà, si Québec obtient le 175 millions $ d’Ottawa pour son amphithéâtre, d’autres villes et régions du pays exigeront d’être traitées de la même façon, en prétextant elles aussi l’équité. En bout de ligne, c’est un montant plusieurs fois plus élevé qui pourrait devoir être dépensé pour être équitable envers toutes les régions.

Comme l’a écrit le grand économiste français Frédéric Bastiat, « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » Lorsque des sommes aussi importantes sont en jeu, il est impossible de déterminer exactement qui a reçu combien. Il faudrait tenir compte non pas d’un seul dossier mais de tous les postes de dépenses publiques et remonter en arrière le plus loin possible.

C’est ce qu’aiment faire les séparatistes québécois, qui nous disent depuis toujours que le Québec est financièrement perdant dans le contexte canadien et qu’Ottawa favorise systématiquement l’Ontario depuis plus d’un siècle. Pendant ce temps, on croit dans le reste du pays que c’est le Québec qui est l’enfant gâté. Chaque région peut pointer vers de nombreux exemple pour entretenir ses frustrations. C’est un débat futile qui est insoluble et ne peut que diviser notre pays.

Il faut mettre fin à cette dynamique un moment ou un autre. On ne peut pas continuer ainsi de transmettre à nos enfants la facture de projets qu’on ne peut pas se payer. On ne peut pas continuer d’acheter la paix en distribuant des montants toujours plus gros pour plaire à chacun, en se fermant les yeux sur les conséquences. On ne peut pas prétendre vouloir que nos gouvernements gèrent les finances de manière responsable, tout en exigeant pour soi-même une dernière dépense qui ne l’est pas.

Moi aussi je partage le rêve de voir revenir une équipe de hockey professionnel dans notre région et j’espère de tout coeur qu’on trouve un moyen de réaliser ce rêve. Sauf que les rêves ne peuvent faire fi de la dure réalité financière. C’est beau rêver, mais quand on le fait à crédit en s’imaginant que l’argent tombe du ciel, le réveil peut être brutal. Pour toutes ces raisons, je ne peux pas appuyer en mon âme et conscience ce projet.