Une mauvaise recette pour la reprise économique

Publiée le 10 mai 2016

9 décembre 2010

 

Bonjour,

Depuis deux ans, j’ai parlé à plusieurs reprises dans des discours et sur ce blogue des causes et solutions à la crise économique que nous traversons. J’ai dit en avril 2009 qu’il y avait une chose encore plus dangereuse que cette crise économique : c’est la façon dont nous allons y réagir. En intervenant trop et mal, nous risquons de l’empirer et de la prolonger. Malheureusement, je crains que ce soit ce que nous sommes en train de faire.

La situation ne s’est pas vraiment améliorée au cours des derniers mois. Plusieurs pays, dont la Grèce et l’Irlande, ont connu des crises financières majeures à cause d’un endettement insoutenable.

Depuis 2007, les dépenses publiques ont explosé partout. Selon un chercheur de l’Institut Brookings, Eswar Prasad, l’endettement des pays industrialisés par rapport à leur économie est passé globalement de 48% en 2007 à 71% en 2010, et devrait atteindre 85% en 2015.

En même temps, les politiques monétaires continuent de jeter de l’huile sur le feu. Il faut se rappeler que la crise que nous vivons n’est que la conséquence de crises précédentes provoquées par la Fed et par les autres banques centrales du monde.

En créant trop de monnaie à partie de rien et en réduisant artificiellement les taux d’intérêt, elles provoquent des booms artificiels, qui sont nécessairement suivis de krachs. On a eu le boom des nouvelles technologies à la fin des années 1990, suivi d’un krach en 2001. Puis le boom de l’immobilier, suivi d’un krach à partir de 2007.

À chaque fois, les banques centrales injectent des quantités massives de nouvel argent pour sortir de la crise. Mais tout ce qu’elles créent, ce sont de nouvelles situations de déséquilibre.

Aux États-Unis, la Fed a lancé il y a quelques semaines une nouvelle phase de ce que les économistes appellent un  » assouplissement quantitatif « . Concrètement, ce que ça signifie, c’est que la Fed achète des obligations avec de l’argent créé à partir de rien.

La première phase, qui avait injecté 1700 milliards de dollars dans l’économie américaine, n’a pas réussi à relancer l’économie sur des bases durables ni à entraîner une réduction du chômage. Au lieu de conclure que cette mesure ne fonctionnait pas, on s’apprête maintenant à injecter 600 milliards de plus tout en continuant de maintenir les taux d’intérêt à des niveaux planchers.

Cette politique monétaire est critiquée par de plus en plus de gens, autant aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde. Il devrait pourtant être évident qu’imprimer de l’argent n’augmente pas la quantité de biens et de services et ne rend personne plus riche.

Cette politique est l’équivalent d’une bombe à retardement. Pour le moment, l’inflation des prix à la consommation reste modeste, parce que les banques gardent en réserve la majeure partie de ces nouveaux fonds au lieu de les prêter. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’inflation dans certains domaines. Les prix de l’énergie, des métaux et des produits agricoles sont fortement à la hausse.

À un moment donné, cet argent gardé en réserve va se mettre à circuler plus largement dans l’économie. Quand il y a plus d’argent pour la même quantité de biens, les prix augmentent nécessairement. On parle ici non pas d’un peu plus d’argent, mais de quantités énormes d’argent.

La Fed aura alors deux choix : ou bien de laisser les prix augmenter dangereusement et le dollar américain s’effondrer; ou bien d’augmenter les taux d’intérêt et de retirer l’argent qui circule en trop dans l’économie, ce qui risque de provoquer un nouveau krach.

La science économique nous a appris que ce qui permet de créer une croissance durable, c’est la stabilité monétaire et des politiques économiques prudentes qui favorisent l’entrepreneurship et les échanges commerciaux. Au contraire, depuis maintenant plusieurs années, les pays occidentaux essaient de créer de la richesse en s’endettant et en créant de l’argent à partir de rien. C’est une recette qui n’a jamais fonctionné et qui risque uniquement de prolonger la crise dans laquelle nous sommes.

Il faut changer de cap. Et le plus tôt sera le mieux.

Merci de votre écoute et à bientôt.