Discours de Calgary: Ma vision du conservatisme

2016-05-10

Le 21 janvier 2010, j’ai présenté un discours sur ma vision du conservatisme devant des membres de l’Association du Parti conservateur de Calgary Centre qui m’avait invité. Voici une version française de mon allocution, que l’on peut également visionner (en anglais) sur les vidéos suivantes. -- 30 janvier 2012

 

Ma vision du conservatisme

 

Merci beaucoup Lee [Richardson – député de Calgary Centre] pour cette aimable présentation.

Bonjour à tous.

Je veux dire un grand merci à votre association pour m’avoir invité et à vous tous d’être ici ce matin. Je me sens très privilégié, en tant que député, d’avoir la possibilité de discuter des principes et des enjeux qui nous unissent en tant que conservateurs.

Comme vous le savez, mon parcours en politique a été quelque peu cahoteux. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier grandement mon rôle actuel de député. Cela me donne plus de temps pour visiter des associations de comté et rencontrer des gens comme vous. Cela me permet aussi de réfléchir sur les politiques publiques et même d’écrire sur ces questions, ce qui est impossible lorsqu’on a de lourdes responsabilités.

J’ai lancé un blogue il y a presque un an, sur lequel vous pouvez visionner des vidéos téléchargées sur YouTube où je discute de politique monétaire et de divers autres sujets. Je pense être le seul député à Ottawa qui tient un tel blogue. Tous les autres savent bien qu’il est inutile de tenter de concurrencer les vidéos de chiens et de chats rigolos, ou de célébrités hollywoodiennes !

Vous avez sans doute pu lire beaucoup d’histoires sur moi dans les journaux. Mais la première chose qu’il faut savoir de moi, c’est que je viens de la Beauce, la région qui borde la rivière Chaudière au sud de la ville de Québec.

La Beauce est un endroit unique au Québec. Elle est reconnue comme la région la plus entrepreneuriale de la province. C’est là que j’ai appris les valeurs qui s’accordent avec l’entrepreneuriat : la liberté individuelle, la responsabilité, l’intégrité et l’autonomie personnelle.

Certains journalistes m’ont décrit comme  » l’Albertain du Québec  » parce que je parle souvent de ces valeurs ! Je considère que c’est un compliment. J’aimerais bien que les médias soient toujours aussi gentils avec moi.

Il s’agit bien sûr de valeurs universelles – des valeurs qui sont au cour de la civilisation occidentales et qui sont partagées par des millions de Canadiens. Des valeurs qui ont rendu ce pays prospère et en ont fait un endroit où l’on vit très bien.

Je pense que vous serez aussi d’accord avec moi sur ce point – ce sont des valeurs tout à fait conformes à notre vision conservatrice. Des valeurs qui nous distinguent de nos opposants politiques.

Lorsqu’ils constatent un problème, nos opposants pensent toujours que la solution est davantage d’intervention de l’État. Comme Ronald Reagan l’a déjà dit, ces gens ont tendance à concevoir le rôle du gouvernement en trois étapes : si quelque chose bouge, taxez-le ; si ça continue de bouger, réglementez-le ; et si ça arrête de bouger, subventionnez-le.

Pour nous, conservateurs, au contraire, le gouvernement devrait idéalement établir et appliquer les règles fondamentales de la vie en société. Puis, il devrait laisser les individus libres de coopérer entre eux pour répondre à leurs besoins. L’État ne devrait pas intervenir pour tenter de régler tous les problèmes, dans le but d’imposer une vision utopique et irréaliste de la société.

Pour paraphraser John F. Kennedy, dans une perspective conservatrice, ne demandez pas à votre gouvernement ce qu’il peut faire pour vous ; demander à votre gouvernement de s’enlever du chemin, de façon à vous laisser libre d’assumer vos responsabilités envers vous-mêmes, envers votre famille, et envers tous ceux qui vous sont chers.

Les bonnes actions gouvernementales sont celles qui laissent aux individus l’opportunité de rêver et de réaliser leurs rêves ; elles n’imposent pas à tous les rêves de certains. C’est pour défendre de telles mesures que j’ai décidé de faire de la politique.

Il faut toutefois se rendre à l’évidence : cette vision, qui s’appuie sur la liberté, la responsabilité et l’autonomie individuelles, n’est pas très à la mode de nos jours.

Au cours du dernier siècle, les gouvernements ont grossi pour atteindre des tailles gigantesques. Ils interviennent dans pratiquement tous les aspects de nos vies. Ils cherchent à planifier le développement économique. Ils nous disent si nous pouvons ou non couper un arbre sur un terrain qui nous appartient. Ils s’occupent de nous du berceau au tombeau.

Nous en sommes venus à une situation où chaque enfant qui naît se voit déjà endetté de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Et si l’on tient compte de tous les niveaux de gouvernement, environ la moitié des salaires des travailleurs dans ce pays sert à financer toutes ces interventions étatiques.

Pourquoi en sommes-nous là? Des économistes et des politicologues qui adhèrent à une école de pensée qu’on appelle  » l’École des choix publics  » ont tenté d’expliquer cette dynamique. Leurs recherches montrent comment certains groupes ont très fortement intérêt à s’organiser pour faire pression sur les politiciens.

Ces groupes de pression veulent des subventions, des mesures protectionnistes, des programmes sociaux plus généreux, des privilèges fiscaux ou légaux, une réglementation qui les favorise ou qui les protège de compétiteurs. Toute faveur obtenue du gouvernement peut leur rapporter des bénéfices considérables.

Bien sûr, c’est chacun d’entre nous qui aura à payer pour ces faveurs. Dans notre cas cependant, le montant que nous devons payer pour chaque mesure n’est pas suffisamment important pour justifier que l’on s’organise pour s’y opposer. Vous ne participerez probablement pas à des réunions et à des manifestations dans la rue pour dénoncer un projet spécifique qui va vous coûter dix dollars. Par contre, le petit groupe de gens qui reçoit 100 millions de dollars a un énorme intérêt à s’organiser.

Il est très difficile pour les politiciens de dire non à ces lobbies. Les lobbies ont les moyens d’influencer les débats, de mobiliser rapidement des appuis et de susciter des controverses dans les médias. D’autre part, on n’entend jamais ce que la majorité silencieuse a à dire, même si c’est elle qui paie la note.

On retrouve donc un déséquilibre fondamental dans les débats politiques. D’un côté, vous avez des bénéfices concentrés dans des groupes d’intérêt qui sont très motivés à faire leur lobbying ; de l’autre, vous avez des coûts dispersés qui retombent sur la société en général.

Voilà comment l’État grossit sans cesse. Voilà comment nous devenons de moins en moins libres. Et de plus en plus dépendants des gouvernements.

Que devrions-nous faire, en tant que conservateurs, pour renverser cette tendance ?

Une façon de changer les règles du débat serait d’annoncer que l’État va cesser de grossir.

Je suis conscient que nous traversons des circonstances économiques très difficiles et que ceci n’est pas une suggestion réaliste pour le prochain budget. Mais essayons d’imaginer ce que ça pourrait vouloir dire.

L’année dernière, les dépenses totales du gouvernement fédéral s’élevaient à environ 250 milliards de dollars. On peut faire beaucoup de choses avec 250 milliards de dollars ! Si on voit ça dans un contexte historique, il s’agit d’une quantité gigantesque de ressources.

Pourquoi ne pas décider que c’est plus que suffisant ? Que les dépenses n’augmenteront dorénavant plus ?

Et je ne parle pas d’une croissance zéro en tenant compte de l’inflation, de l’augmentation de la population ou de la croissance du PIB. Simplement une croissance zéro.

Le budget global est gelé à 250 milliards. À partir de maintenant, toute décision du gouvernement doit être prise à l’intérieur de cette contrainte budgétaire.

Chaque nouveau programme gouvernemental, ou augmentation d’un programme existant, doit être contrebalancé par une diminution ailleurs.

Nous n’avons plus de débats sur la générosité toujours plus grande du gouvernement envers tel ou tel groupe, comme si l’argent dépensé appartenait aux politiciens plutôt qu’aux contribuables. Les intérêts de la majorité silencieuse sont toujours protégés.

Le centre d’intérêt du débat se déplace vers une détermination de ce que devraient être les priorités : Quelles sont les plus importantes fonctions que le gouvernement devrait accomplir avec l’argent qu’il a ? Cette fonction de l’État est- elle vraiment importantes et devrions-nous lui donner plus d’ampleur ? Si oui, que devons-nous faire moins ou cesser de faire pour laisser le libre marché, les organisations bénévoles ou les citoyens ordinaires s’en occuper ?

Il s’agirait de tout un changement, vous ne pensez pas ? Un tel engagement à maintenir une  » Croissance budgétaire Zéro  » pourrait devenir un puissant symbole de conservatisme fiscal, tout comme le consensus en faveur du  » Déficit Zéro  » l’a été, dans une certaine mesure, jusqu’à l’arrivée de la crise économique mondiale. Les conséquences seraient cependant beaucoup plus profondes.

Cela signifierait que chaque année, la taille relative du gouvernement diminuerait. Cela forcerait les politiciens, les bureaucrates, les lobbyistes, et tout le monde, à arrêter de croire qu’ils peuvent simplement s’accaparer vos salaires à leur profit. Et à cause de ces contraintes budgétaires, les Canadiens seraient beaucoup plus portés à nous croire quand nous disons que nous ne gaspillons pas leur argent.

Nous devons convaincre la population que nous n’avons pas simplement pour but de devenir de meilleurs gestionnaires d’un plus gros État ; nous voulons devenir de meilleurs gestionnaires d’un plus petit État.

Il existe un large appui au sein de la population pour ces principes en faveur d’un État plus modeste. Mais comme aucun lobby ne les défend, ils se perdent dans le débat.

Notre devons jouer le rôle de lobby de la majorité silencieuse. Cette majorité silencieuse qui est fatiguée de travailler pour financer les groupes d’intérêt. Cette majorité silencieuse qui est consternée de voir nos libertés s’effriter constamment. Cette majorité silencieuse qui perd espoir de voir un meilleur futur pour elle-même et pour ses enfants.

Ce n’est évidemment pas toujours possible. Il existe des réalités politiques incontournables. Mais être pragmatique n’est pas suffisant. À long terme, il y a des avantages politiques à dire aux gens les choses telles qu’elles sont, et pas uniquement ce qu’ils veulent entendre, ou ce qui est politiquement correct.

Et pas seulement de leur dire ; le faire aussi ! Nous devons justifier nos actions sur la base de ces principes.

Lorsque j’étais ministre de l’Industrie, on m’a demandé d’appuyer un nouveau tarif douanier sur les bicyclettes. Un important manufacturier de bicyclettes canadien ne pouvait pas concurrencer les bicyclettes fabriquées en Asie et menaçait de mettre des travailleurs à pied. Pour sauver une centaine d’emplois, la solution était donc de forcer tous les jeunes Canadiens qui s’achètent une nouvelle bicyclette à payer 67$ de plus. Cela aurait appauvri toutes ces familles canadiennes, dans le seul but d’avantager une industrie particulière.

J’ai dit non. Même si le manufacturier était dans mon propre comté, en Beauce. Le libre marché n’est pas qu’un concept abstrait auquel on réfère quand ça fait politiquement notre affaire, mais qu’on oublie le reste du temps. Si on veut que les gens nous croient, il faut mettre en pratique les principes qu’on professe.

Je peux vous dire que les gens ont compris cela dans ma circonscription. Ils ont respecté ma décision, parce qu’ils savaient pourquoi je l’ai prise. Ils ont pu voir que chaque fois que ce serait possible, je défendrais les intérêts de la majorité silencieuse plutôt que des intérêts particuliers. Et qu’à plus long terme, ce serait plus avantageux pour eux.

Cette confrontation entre les groupes d’intérêt et la majorité silencieuse a aussi été le thème central dans ce qui a été de loin le plus important dossier dont j’ai été responsable en tant que ministre, la déréglementation des télécommunications. Contrairement à ce qu’on entend souvent, les contraintes réglementaires protègent rarement les citoyens ordinaires. Elles protègent habituellement un joueur avantagé aux dépens des autres – et aux dépens des consommateurs.

Il a été beaucoup plus difficile que je le pensais de se débarrasser d’une réglementation coûteuse et obsolète dans ce secteur crucial pour notre économie. J’ai dû faire face à une opposition de la part de groupes et d’entreprises qui étaient avantagés par les règles existantes. La plus forte opposition est venue de mes propres fonctionnaires à Industrie Canada. Les bureaucrates n’aiment pas perdre leur influence et leur pouvoir de réglementer.

Nous avons dû mener tout un combat mais en fin de compte, nous avons réussi à réaliser ce que certains observateurs considèrent comme la plus importante réforme depuis plusieurs décennies dans le secteur des télécommunications. Cette réforme a apporté plus de concurrence, plus de choix et des prix plus bas pour les consommateurs canadiens.

Comme vous le savez, les politiciens se retrouvent complètement au bas de l’échelle en ce qui a trait à la confiance accordée à diverses professions par la population. Je pense qu’une des raisons qui rend les gens aussi cyniques est qu’ils ne nous croient pas. Ils ne nous perçoivent pas comme des acteurs qui défendent des objectifs et des principes clairs. Ou qui agissent en fonction de ces principes.

Mais si vous êtes ici ce matin, c’est parce que vous ne partagez pas ce cynisme. La raison pour laquelle vous êtes impliqués dans un parti politique, c’est que vous voulez créer un monde meilleur pour vous-mêmes, pour votre famille, votre communauté, pour tous les Canadiens. Vous croyez que c’est possible. Et vous cherchez des façons de réaliser ce rêve.

Je ne serais certainement pas ici aujourd’hui si je ne partageais pas moi aussi, avec passion, cet idéal. Pas après tout ce que j’ai dû traverser il y a deux ans. Ça n’en vaudrait pas la peine.

Je vous soumets donc ce défi.

Rétablissons la confiance du public envers le processus politique.

Redoublons nos efforts pour défendre les principes de liberté et responsabilité individuelles, et de gouvernement minimal.

Je ne pense pas qu’il y ait d’autres façons d’atteindre nos objectifs. Si nous voulons que les principes conservateurs finissent pas l’emporter, nous devons les défendre ouvertement, avec passion et conviction.

Et quel mal pourrait-il y avoir à donner une voix à la majorité silencieuse de Canadiens qui partagent ces principes ? Après tout, dans  » majorité silencieuse « , il y a le mot  » majorité « !

Merci!