Le moment de faire un choix

2016-05-12

Maxime Bernier, ministre d’État, Petite Entreprise, Tourisme et Agriculture
Manning Networking Conference
7 mars 2015, Ottawa

Merci Catherine pour cette aimable présentation. Et un gros merci également au Manning Centre pour m’avoir invité.

Cette conférence est une excellente opportunité pour rencontrer des amis de partout au pays qui partagent nos idées et pour recharger nos batteries avec plein de bonnes idées de la part des meilleurs cerveaux du mouvement conservateur.

J’espère que vous profiterez de la conférence, parce que l’année qui vient est une année cruciale pour notre pays.

Ce sera le temps de faire un choix : la stabilité ou l’incertitude… une consolidation des gains que nous avons réalisés ces dernières années, qui ont fait du Canada l’une des économies les plus solides dans le monde… ou bien un pari risqué avec des politiques superficiellement attrayantes mais irréfléchies.

Voilà le choix que les Canadiens devront faire d’ici la fin de l’année, et nous devons nous assurer qu’il sera évident pour tout le monde quelles politiques sont les meilleures pour eux.

Avant d’embarquer dans ce débat, j’aimerais revenir un peu en arrière. Je voudrais vous parler de la décennie la plus « cool » du 20esiècle : les années 1970! Vous vous souvenez des années 1970?

Je pense que j’aperçois quelques personnes dans cette salle qui sont suffisamment âgées pour s’en souvenir : la décennie du disco! Avec Donna Summer, les Bee Gees et Saturday Night Fever.

La décennie des hommes en jumpsuit avec des cheveux longs! Pouvez-vous m’imaginer comme ça?!!

Sur le front de l’économie, ce n’était pas cool du tout! C’était la décennie de la stagflation : une stagnation économique couplée avec de l’inflation. La décennie des gros déficits et d’une dette croissante. La décennie du Programme national de l’énergie. La décennie pendant laquelle le gouvernement fédéral s’étendait comme un feu de brousse. La décennie pendant laquelle nous avions ces brillants politiciens et bureaucrates fédéraux qui n’étaient pas assez occupés à gérer le gouvernement fédéral; ils voulaient aussi gérer les provinces. La décennie de l’interventionnisme fédéral dans l’éducation et la santé. La décennie de la centralisation et des nationalisations. La décennie pendant laquelle le séparatisme québécois n’a cessé de devenir plus influent, en partie en réaction envers cet activisme fédéral. La décennie qui a vu le PQ passer d’opposition officielle en 1970 à gouvernement en 1976, et la tenue d’un premier référendum en 1980.

Je crois sentir une vague de nostalgie dans la salle pour cette époque bénie! Oui, les années 1970 : la décennie de Pierre Elliot Trudeau.

Sous la gouverne de Pierre Trudeau, les dépenses totales du gouvernement sont passées de 13 milliards de dollars à 109 milliards de dollars, et de 17 à 24 % du PIB! Notre dette nationale est passée de 25 % du PIB en 1968 à 43 % en 1984. C’est ce qu’ils appelaient le « progrès » à l’époque.

Comme je vous ai dit, c’est le moment de faire un choix. Les Canadiens vont devoir prendre une décision importante. Ils vont devoir décider s’ils veulent vivre dans le 21e siècle ou s’ils veulent retourner aux années Trudeau. Y en a-t-il qui veulent revivre ces années-là? Non! Non, mais c’est vers cela que veut nous amener le chef du Parti libéral, Justin Trudeau.

Ok, certains vont penser que ce n’est pas correct de comparer Justin Trudeau avec son père et de lui faire porter le poids des réalisations de son père. Après tout, il a ses propres idées, me direz-vous.

Eh bien, ce n’est pas moi qui ai inventé le mythe Trudeau. Ce n’est pas moi qui ai le premier fait le lien entre lui et son père. Et s’il est si différent de son père, pourquoi donc les libéraux l’ont-ils élu chef de leur parti? Dites-moi donc?

Est-ce à cause de sa vaste expérience politique? Non.
Est-ce à cause de sa profonde compréhension du fonctionnement de l’économie? Non.
Est-ce à cause de ses incroyables qualités de leadership? Non.
Est-ce parce qu’il a des idées originales sur comment garder notre pays uni? Non, et vous avez bien raison!

Ils l’ont élu parce qu’il est un Trudeau! Ils l’ont élu parce qu’ils s’ennuient des années Trudeau, des années 1970, parce qu’ils chérissent cet héritage. Ils l’ont élu parce qu’ils veulent revenir à cet âge d’or du libéralisme et parce qu’ils veulent ramener les politiques de son père.

Alors, de quel choix au juste parlons-nous? Au cours des neuf dernières années, nous avons constaté une tendance politique claire au Québec : l’appui au séparatisme ne cesse de diminuer. Il y a plusieurs explications à cela, mais une chose est certaine : sous notre gouvernement, les Québécois ont eu la paix constitutionnelle.

Notre gouvernement respecte la Constitution. Nous respectons la division des pouvoirs et nous respectons l’autonomie des provinces. C’est pour cela qu’il n’y a pas d’appétit pour le séparatisme au Québec. C’est pour cela que les Québécois sont satisfaits et qu’ils sont fiers d’être Canadiens.

À quoi peut-on s’attendre si Justin Trudeau devient premier ministre? Nous en avons eu un avant-goût lors du congrès libéral il y a un an, lorsque les délégués ont débattu de toute une série de « stratégies nationales » sur des sujets allant du transport à l’énergie, en passant par la santé mentale, les enfants, l’eau, un programme national de médicaments, l’emploi des jeunes et la science.

C’est là le modèle d’un gouvernement fédéral qui intervient dans notre vie de tous les jours et qui se mêle de questions de compétence provinciale, un modèle que Justin Trudeau propose de nouveau. Les mêmes vieilles politiques que son père a mises de l’avant il y a 40 ans.

Dans ses discours et entrevues, Trudeau ne cesse de répéter que l’éducation est quelque chose d’important. Nous savons que l’éducation, c’est important – mais l’éducation est un domaine de compétence provinciale.

Ce qu’il souhaite, c’est se mêler des affaires des provinces. Avec une telle vision du Canada, nous n’aurons pas de paix constitutionnelle au Québec. Un gouvernement dirigé par Justin Trudeau aura pour effet de déstabiliser l’unité nationale, tout comme c’était le cas lorsque nous avions un gouvernement dirigé par Pierre Trudeau.

Les Canadiens ont un choix clair à faire entre nous, les conservateurs, qui respectons la Constitution et les champs de compétence provinciale, et les libéraux qui veulent créer un tas de soi-disant « programmes nationaux » avec de l’argent que nous n’avons pas.

Si nous continuons de faire ce que nous faisons, il n’y aura pas de crise constitutionnelle au Canada. Mais on peut prédire avec certitude que le séparatisme redeviendra populaire au Québec si nous avons un gouvernement Trudeau au pouvoir qui recommence à centraliser le pays, sans respecter la Constitution.

L’une des réalisations les plus spectaculaires de notre gouvernement est la réduction du fardeau fiscal des Canadiens. Le ratio des recettes fiscales sur le PIB est à son niveau le plus bas en plus de 50 ans, à 14 % seulement.

Je répète : le plus bas en 50 ans. Avant que vous-savez-qui prenne le pouvoir en 1968. Cela signifie que la famille canadienne moyenne paie 3400 $ de moins en taxes aujourd’hui que sous le gouvernement libéral précédent.

Justin Trudeau promet de renverser cette tendance. Il veut annuler les baisses d’impôt que nous vous avons données. Nous voulons réduire la taille du gouvernement et vous redonner votre liberté. Les libéraux, eux, veulent réduire la taille de votre chèque de paie et réduire votre liberté.

Les libéraux ont été très clairs sur la nature de leur priorité : non pas diminuer les taxes mais plutôt dépenser davantage pour stimuler l’économie. Justin Trudeau et son critique des Finances, Scott Brison, ont refusé à plusieurs reprises d’écarter l’idée qu’il y aurait de nouveau des déficits pendant plusieurs années si jamais ils sont élus. On dirait qu’on a déjà vu ce film-là, non?

Justin Trudeau n’arrête pas de dire des absurdités économiques. Par exemple, lorsqu’il a réagi au budget de notre gouvernement l’an dernier, il a dit qu’il n’était pas nécessaire de se préoccuper du déficit. Il faut plutôt viser à relancer l’économie et «le déficit va s’équilibrer de lui-même». Ainsi donc, selon M. Trudeau, plus le gouvernement dépense, plus il stimule l’économie, plus les recettes fiscales augmentent, et moins on a besoin de se préoccuper du déficit. On peut devenir de plus en plus prospère en dépensant de plus en plus!

Non, sérieusement, les Canadiens savent bien que si nous dépensons tous plus d’argent que nous n’en avons, nous n’allons pas devenir plus riches. Ça s’appelle vivre au-dessus de ses moyens.

C’est à se demander comment il se fait que le déficit et la dette ont explosé durant les années 1970, quand le père de Justin Trudeau a mis en place ce genre de politique économique irresponsable. Il ne dépensait pas suffisamment peut-être?

Lors du congrès libéral, les délégués libéraux ont pu entendre Larry Summers, un économiste américain, expliquer qu’il faut des «politiques non conventionnelles d’appui à l’économie» du jargon d’économiste pour dire «dépenser sans compter». Selon lui, s’endetter davantage est une bonne chose si cela stimule l’économie.

Nous savons tous ceci : plus de dépenses publiques et plus d’emprunts n’auront pas pour effet de stimuler l’économie mais plutôt d’avoir l’effet d’un sédatif, parce qu’il y aura moins d’argent disponible pour le secteur privé et que c’est uniquement le secteur privé qui crée de la richesse.

Dans une vidéo lancée l’année dernière, Justin Trudeau explique que les ménages canadiens sont fortement endettés, que les provinces le sont également, alors que le gouvernement fédéral a, lui, fortement réduit son niveau d’endettement comparé aux autres pays développés depuis les années 1990. Sa conclusion? Ottawa est seul à avoir « de l’espace » pour s’endetter davantage. Ottawa doit donc prendre la relève et dépenser pour les autres.

C’est comme le couple qui a accumulé un gros montant de dette de consommation. Ils regardent les comptes de leurs trois cartes de crédit et le mari dit à sa femme : Eh, nous avons la limite sur ces deux-là, mais il nous reste encore de la place sur l’autre. La meilleure façon de nous enrichir, c’est de la maximiser elle aussi. On s’en va magasiner! Peut-on imaginer une politique économique plus absurde?

M. Trudeau semble oublier que c’est le même contribuable qui devra rembourser les dettes des gouvernements en plus des siennes.

Notre gouvernement a repris le contrôle de la dette. Le ratio de la dette sur le PIB est à 33 %. Il s’agit de la meilleure performance des pays du G7. Notre plan est de le ramener à 25 % du PIB. Cette dette n’est pas une abstraction. Le service de la dette coûte environ 30 milliards de dollars par année aux contribuables canadiens. C’est autant que ce que rapporte la TPS.

Plus la dette va diminuer, moins nous aurons à consacrer de ressources au service de la dette, et plus nous pourrons nous permettre de réduire les impôts des contribuables.

Justin Trudeau et son conseiller américain croient encore à la vieille théorie keynésienne selon laquelle le gouvernement crée de la richesse en dépensant davantage. Mais quand le gouvernement injecte de l’argent dans l’économie, d’où vient donc cet argent? Il ne tombe pas du ciel!

La réalité, c’est que chaque fois que le gouvernement prend un dollar additionnel dans la poche de quelqu’un, c’est un dollar que cette personne ne pourra pas dépenser ou investir. Les dépenses publiques augmentent; les dépenses privées diminuent. Il n’y a aucune création de richesse.

Les emprunts du gouvernement ont le même effet. Les investisseurs privés qui prêtent l’argent au gouvernement auront moins d’argent à prêter à des entrepreneurs du secteur privé. Les emprunts et les dépenses publics augmentent; les emprunts et les dépenses privés diminuent. Il n’y a aucune création de richesse.

C’est comme prendre une chaudière d’eau dans le coin de la piscine où l’eau est profonde pour la jeter dans le coin où c’est moins creux. Ça ne fait aucune différence. C’est ce genre de politique trudeauiste qui nous a mis dans le trou dans les années 1970.

La prospérité ne survient pas lorsque le gouvernement dépense, mais lorsque les entrepreneurs investissent. Pour relancer l’économie, il faut donner aux entrepreneurs les moyens de créer de la richesse.

Nous devons mettre en place les meilleures conditions possibles pour que le secteur privé devienne plus productif: en contenant les dépenses publiques, en réduisant les impôts et en signant des ententes de libre-échange. La croissance et le progrès passent par plus de liberté économique et moins d’interventionnisme de la part du gouvernement.

Plus de dépenses publiques n’est pas la solution à nos défis sociaux et économiques. L’objectif n’est pas de réinventer le gouvernement; c’est plutôt de limiter la taille du gouvernement.

Les libéraux veulent un plus gros gouvernement parce qu’ils glorifient l’État et dévalorisent le citoyen. Nous, les conservateurs, nous voulons un plus petit gouvernement parce qu’en dernière analyse, nous tenons à la liberté et la responsabilité individuelles. Nous avons foi en l’individu. Nous croyons que vous avez la capacité, la dignité et le droit de prendre les décisions sur les choses qui vous touchent et de prendre en main votre destinée.

C’est le moment de faire un choix : l’incertitude, avec plus de dépenses, plus de déficits, plus de dette, moins de croissance économique et un plus gros gouvernement avec des chicanes constitutionnelles sous un gouvernement dirigé par Justin Trudeau et les libéraux; ou bien la stabilité, une direction économique ferme, un budget équilibré, des impôts réduits, la paix constitutionnelle et plus de liberté sous la gouverne de Stephen Harper et des conservateurs. Dans mon esprit, le choix est tout à fait clair.

Merci!