Pour un Québec fier, responsable et autonome

2016-05-10

J’ai présenté aujourd’hui un discours à Mont St-Grégoire, devant des membres de plusieurs associations conservatrices de la Montérégie qui m’avaient invité, sur ma vision du Québec et du fédéralisme. Voici le texte de mon allocution. -- 16 avril 2010

 

Pour un Québec fier, responsable et autonome
Maxime Bernier
Discours prononcé à l’invitation d’associations du Parti conservateur du Canada de la Montérégie
Mont St-Grégoire, le 16 avril 2010


(Mots de remerciement)

J’aimerais vous parler aujourd’hui de l’avenir de notre société, l’avenir du Québec, qui me préoccupe beaucoup.

Ça fait plusieurs décennies que les débats politiques sont monopolisés au Québec par la question nationale. C’est un débat légitime, mais un débat qui tourne en rond, et qui va probablement continuer de tourner en rond pendant encore longtemps. Lucien Bouchard l’a dit récemment, et les sondages le démontrent aussi: la plupart des Québécois ne croient pas que la séparation du Québec va survenir dans un avenir prévisible.

Malgré cela, depuis les années 1970, on a beaucoup parlé d’indépendance politique, de constitution, on a fait des référendums. Et pendant ce temps, on a construit un système de dépendance économique de plus en plus élaboré.

Le Québec a l’un des gouvernements les plus gros et les plus interventionnistes en Amérique du Nord, et impose un fardeau fiscal parmi les plus élevés. Le Québec a les programmes sociaux les plus ambitieux. Le Québec est la province qui donne le plus de subventions aux entreprises, aux artistes, aux parents, et à plusieurs autres groupes. Et on ne parle pas des autres problèmes, comme le fait que le Québec soit aussi l’une des sociétés qui vieillissent le plus rapidement dans le monde. Ça va faire grimper encore plus le coût des programmes sociaux et il y aura moins de jeunes pour les payer.

Une étude du ministère québécois des Finances nous a appris il y a quelques semaines que nous sommes la 5e société la plus endettée dans le monde industrialisé, pas loin derrière la Grèce qui est en pleine crise financière ces jours-ci. Pendant qu’on discutait d’indépendance, on a accumulé une dette énorme et on est devenus dépendants de l’argent emprunté pour financer un niveau de services publics insoutenable.

Nous avons certainement beaucoup de raisons d’être fiers de notre culture, de notre langue, de l’évolution de notre société depuis quatre siècles. Mais les choix politiques québécois des 40 dernières années nous ont menés dans un cul-de-sac financier. Si on ne change pas rapidement de direction, on se dirige tout droit vers un mur.

Le Bloc Québécois a justement célébré récemment son 20e anniversaire. Au lieu de discuter des vrais problèmes du Québec, les bloquistes préfèrent continuer à débattre d’un projet hypothétique et à essayer de démontrer que le système fédéral ne fonctionne pas.

Gilles Duceppe s’est d’ailleurs ridiculisé en comparant le mouvement indépendantiste à la résistance contre les nazis dans son discours pour le 20e anniversaire du Bloc. Au lieu de dire des énormités comme ça, si les bloquistes consacraient plutôt leurs efforts à trouver des solutions aux problèmes concrets du Québec et de l’ensemble du Canada, on avancerait peut-être plus comme société.

M. Duceppe s’est aussi plaint, comme il le fait depuis 20 ans, que le Québec ne recevait pas assez d’argent du fédéral. Selon lui, notre dernier budget ne redistribue pas assez d’argent au Québec et est la preuve que le fédéralisme n’est pas rentable. Bref, M. Duceppe, qui lutte pour l’indépendance du Québec, déplore que le Québec ne soit pas encore assez dépendant économiquement du reste du Canada. Il veut que le Québec reçoive encore plus d’argent, que nous soyons encore plus dépendants !

Le Québec recevra cette année 8,5 milliards de dollars en paiements de péréquation, une hausse de 200 millions par rapport à l’année dernière. C’est plus de la moitié des 14 milliards du programme. Ça, c’est de l’argent qui provient des provinces plus riches comme l’Alberta, la Colombie-Britannique et la Saskatchewan.

C’est vrai que d’autres provinces, comme le Manitoba et les trois provinces maritimes, reçoivent encore plus de péréquation per capita que le Québec et sont donc encore plus dépendantes d’Ottawa. Mais ce n’est pas une excuse. En tant que Québécois, je ne suis pas très fier de voir que nous sommes une province pauvre qui reçoit de la péréquation.

Et si nous sommes plus pauvres, ce n’est pas la faute du reste du Canada. Il devrait être assez évident qu’un interventionnisme étatique effréné ne conduit pas à la prospérité. Si c’était le cas, le Québec serait la région la plus riche en Amérique du Nord au lieu d’être l’une des plus pauvres.

De nombreuses études démontrent que moins son gouvernement intervient dans l’économie, plus une société est prospère. L’Institut Fraser compare régulièrement les provinces et États d’Amérique du Nord et a constaté une corrélation directe entre le niveau de liberté économique et la prospérité. L’analyse de 23 pays de l’OCDE sur une période de 36 ans a aussi permis de constater que la croissance économique est inversement proportionnelle aux dépenses gouvernementales. Chaque fois que la taille de l’État augmente de 10 points de pourcentage par rapport au produit intérieur brut, il s’ensuit une réduction permanente de la croissance économique de 1 point de pourcentage par an.

Si nous sommes plus pauvres, donc, ce n’est pas à cause du reste du Canada, comme le prétendent les bloquistes. C’est à cause de mauvaises politiques économiques qui rendent l’économie du Québec moins productive ; c’est parce qu’on vit au-dessus de nos moyens au lieu d’avoir des politiques responsables ; c’est parce que le premier réflexe d’une bonne partie de notre classe politique est d’aller constamment quêter plus d’argent à Ottawa au lieu de prendre les décisions qui s’imposent pour qu’on règle nos problèmes et qu’on se prenne en mains.

Robert Bourassa, dans les années 1970, avait inventé le terme « fédéralisme rentable ». C’est un très mauvais concept pour défendre le fédéralisme. Dans la tête de beaucoup de Québécois, la rentabilité du fédéralisme, c’est la quantité d’argent qu’on va soutirer au reste du Canada.

Autant les gouvernements fédéralistes que les gouvernements séparatistes du Québec se sont servis de la menace de la séparation pour aller chercher plus d’argent. Vous vous souvenez de la Commission Bélanger-Campeau ? Du débat sur le déséquilibre fiscal ? C’est toujours le même discours, la même politique de quémandage. Même si les montants en provenance d’Ottawa augmentent, la réaction est que ce n’est jamais assez, on en veut toujours plus, sinon c’est la preuve que le fédéralisme n’est pas rentable.

Moi, le fédéralisme que je souhaite, ce n’est pas un fédéralisme rentable, c’est un fédéralisme responsable. Sur l’en-tête de mon blogue, il y a deux mots qui sont écrits en gros caractères, deux principes inséparables que je considère très importants : liberté et responsabilité. Je suis en faveur d’avoir le plus de liberté individuelle possible. Mais quand on est libre, on doit également être responsable de ses actes. On peut profiter du fruit de nos efforts, mais on doit aussi subir nous-mêmes les conséquences de nos mauvaises décisions.

La même chose est vraie pour les gouvernements. Un fédéralisme responsable, c’est un fédéralisme qui s’appuie sur le principe de subsidiarité. Ça veut dire que toute question devrait être traitée par l’autorité compétente la plus petite ou la plus basse dans la hiérarchie, celle qui est la plus près des citoyens. Chacun devrait financer ses propres programmes et décider de ses priorités de manière autonome.

De cette façon, chaque province, chaque région, chaque communauté, peut se développer selon sa propre personnalité. Et chacun est responsable de ses propres politiques. Si on a de mauvaises politiques, les autres ne peuvent pas être tenus responsables et ne devraient pas être forcés de payer pour nous.

Dans une fédération aussi grande et diverse que le Canada, la façon la plus rapide de provoquer du ressentiment et de la désunion, c’est d’avoir un gros gouvernement central qui intervient dans les questions locales. C’est pendant l’ère Trudeau que le séparatisme au Québec, et le mécontentement dans l’Ouest, ont cru le plus rapidement, en réaction aux ingérences du gouvernement libéral fédéral.

Nous, les conservateurs, nous offrons une autre vision : un État plus modeste et moins interventionniste à Ottawa. L’intention des pères de la Confédération était claire : c’était d’avoir des provinces autonomes, responsables et complètement indépendantes dans leurs champs de compétence.

À Ottawa, on les règles les vrais problèmes, même si le Bloc ne fait que dénoncer. Par exemple, notre gouvernement a réduit la TPS de deux points, ce qui a permis au Québec de décider de prendre cet espace fiscal. Comme contribuable, j’aurais préféré que le gouvernement du Québec n’augmente pas mes taxes et trouve d’autres solutions. Mais ça fait partie de la flexibilité de notre fédération. Les provinces sont libres de choisir leur propre politique fiscale.

Notre gouvernement continue de réduire les impôts des entreprises pour rendre notre économie plus compétitive. Notre gouvernement a adopté des mesures prudentes pour traverser la crise et le Canada est l’un des pays qui en ont le moins souffert. Tout ça, ça aide le Québec et les Québécois.

Disons-nous les choses franchement : dans le reste du pays, il y a beaucoup de gens qui perçoivent les Québécois comme des enfants gâtés qui n’en ont jamais assez et qui en redemandent toujours.

Ce n’est pas pour rien si cette perception existe. Ça découle de 40 ans de débats futiles sur l’indépendance ; 40 ans de politiques irresponsables de la part de gouvernements du Québec qui vivent au-dessus de leurs moyens et qui nous endettent ; 40 ans de revendications pour aller chercher toujours plus d’argent dans les poches de nos concitoyens du reste du Canada.

Il faut sortir de cette fausse alternative entre l’indépendance et le fédéralisme rentable. Il faut aussi arrêter de s’appauvrir et de s’attendre à ce que le reste du Canada viennent nous renflouer avec plus de péréquation.

Nous sommes membres d’un parti politique sur la scène fédérale. En tant que conservateurs fédéraux, nous ne pouvons évidemment rien faire pour régler les problèmes du gouvernement du Québec. Mais nous pouvons contribuer, à notre façon, à changer le discours. À faire en sorte que les débats politiques au Québec se fassent sur d’autres bases. À pointer vers d’autres solutions.

Imaginez si, au lieu de se démener pour obtenir plus d’argent du reste du Canada, on se donnait un objectif plus constructif : devenir suffisamment riches pour ne plus recevoir de paiements de péréquation. Est-ce qu’on ne serait pas plus fiers d’être Québécois dans une telle situation ?

Imaginez si, au lieu de débattre inutilement d’indépendance politique, on cherchait des façons de vivre selon nos moyens et de sortir de notre dépendance économique.

Imaginez si, au lieu d’avoir des bloquistes qui cherchent à mettre des bâtons dans les roues du Canada, on avait une députation conservatrice appuyant tous ceux qui, à travers ce pays, veulent un fédéralisme plus décentralisé.

C’est cette alternative qu’il faut offrir aux Québécois. Celle d’un Québec fier, responsable et autonome. Merci.