Maxime Bernier FR

Pourquoi les gouvernements grossissent-ils toujours ?

Pourquoi les gouvernements grossissent-ils toujours ?

Il y a dix jours, j’ai présenté un discours sur la politique et l’évolution de l’État au 20e siècle devant une cinquantaine de personnes lors d’un événement organisé par mon collègue Jacques Gourde, député de Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière, à Saint-Narcisse. Voici une version adaptée de mon allocution, que l’on peut également visionner sur les vidéos suivantes. -- 6 septembre 2010

 

Pourquoi les gouvernements grossissent-ils toujours ?

par Maxime Bernier
Saint-Narcisse
27 août 2010

(Remerciements)

Vous savez, un vendredi soir, il y a autre chose à faire qu’être ici et entendre Jacques (Gourde) et moi parler de politique. C’est vrai que Jacques et moi nous sommes des politiciens – ce n’est pas le métier idéal de nos jours ! Nous faisons de la politique, nous parlons de politique.

Mais nous ne sommes pas naïfs. Nous savons que plusieurs d’entre vous voyez les politiciens comme des gens qui ne disent pas toujours la vérité, qui font de belles promesses qu’ils ne tiennent pas toujours. Ça fait en sorte que la population est devenue cynique et désabusée envers certains politiciens.

Ils ont raison. Les politiciens tendent à exagérer leur propre mérite et dénigrent leurs opposants. Ils prétendent qu’ils peuvent tout régler avec un nouveau règlement, une nouvelle loi ou un nouveau programme.

Moi, j’essaie de faire de la politique autrement, de dire les vraies choses, de ne pas faire de promesses, de faire de mon mieux pour représenter les Beaucerons et les Québécois à Ottawa.

La population s’aperçoit que d’un gouvernement à l’autre, d’une décennie à l’autre, on a l’impression que les choses ne changent pas tant que ça, et même que ça empire.

C’est pourquoi ce soir je ne vais pas vous faire un discours de politicien traditionnel. Mais plutôt un discours sur le problème de la politique de nos jours. La politique, c’est bien plus intéressant quand on s’adresse à l’intelligence des gens plutôt qu’à leurs émotions ou à leur sens de la partisannerie.

Alors, parlons donc d’un problème central de la politique aujourd’hui : pourquoi est-ce que tant de gens ont l’impression que les choses empirent ou en tout cas ne s’améliorent pas, malgré la croissance économique et les avantages de la vie moderne ? Est-ce une fausse impression ?

Si on regarde certaines grandes tendances historiques, on peut conclure que c’est une impression qui est bel et bien fondée.

La principale tendance qu’on observe, c’est que les gouvernements n’arrêtent pas de grossir. Un plus gros gouvernement, c’est un gouvernement qui taxe plus, qui dépense plus, qui s’endette plus, qui réglemente plus. C’est un gouvernement qui intervient dans tous les aspects de nos vies, et qui réduit donc d’autant notre liberté d’agir.

C’est ce qui s’est passé dans tous les pays du monde tout au long du 20e siècle. Le rôle, la taille et les pouvoirs des gouvernements ont radicalement augmenté.

Prenons par exemple la mesure des dépenses publiques en proportion du produit intérieur brut, c’est-à-dire la portion de l’économie dans son ensemble contrôlée que les gouvernements. Dans les principaux pays du monde occidental, elle est passée d’environ 10 % il y a un siècle à plus de 40 % aujourd’hui.

C’est donc presque la moitié de toute l’économie qui est aujourd’hui contrôlée par l’État. La moitié de vos salaires qui s’en vont en impôts et en taxes. Vous travaillez donc presque six mois par année pour financer les dépenses des gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux.

Ces sommes gigantesques ne sont même pas suffisantes pour payer tous les programmes et interventions des gouvernements. Ils doivent emprunter des milliards de dollars chaque année pour combler leurs déficits.

Il y en a peut-être parmi vous qui ont des jeunes enfants, ou qui prévoient en avoir. Eh bien, dites-vous que chaque bébé nait avec une dette de plusieurs dizaines de milliers de dollars, qu’il devra rembourser d’une manière ou d’une autre au cours de sa vie. C’est peut-être pour ça qu’ils se mettent à pleurer dès qu’ils arrivent au monde !

Les dépenses publiques et les impôts perçus en conséquence n’expliquent cependant qu’une partie de la croissance de l’État. L’évolution de la réglementation est un autre facteur.

Il y a quelques années, l’Institut économique de Montréal a calculé que le gouvernement du Québec adopte quelque 8000 pages de nouvelles lois et de nouveaux règlements chaque année, tandis que le gouvernement fédéral rajoute 2000 pages. Très peu de règlements sont abolis, même lorsqu’ils sont désuets, alors qu’une multitude de nouveaux règlements sont constamment créés. Notre société n’a jamais été autant réglementée.

Je ne veux pas déprimer personne, mais pensez par exemple à tous les papiers que vous devez obtenir et tout ce que vous devez payer pour conduire une voiture, du permis aux taxes sur l’essence en passant par les amendes.

Ou encore la paperasserie nécessaire pour enregistrer votre arme de chasse. Le registre des armes longues est un monstre bureaucratique qui a coûté mille fois plus cher que prévu et qui traite tous les propriétaires de fusil de chasse comme des criminels potentiels.

On ne peut pratiquement rien faire aujourd’hui sans devoir obtenir une permission d’un bureaucrate. Vous voulez conduire une chaloupe ou un VTT ? Armez-vous de patience pour obtenir toutes les autorisations nécessaires et savoir tous les règlements qui s’appliquent. Même s’il y a des milliers de pages de règlements obscurs, ne pas les connaître n’est pas considéré comme une excuse par la loi si jamais vous les enfreignez. Vous ne pouvez plaider l’ignorance de la loi.

Les gouvernements nous prennent trop souvent pour des enfants irresponsables et croient savoir mieux que nous ce qui est bon pour nous. Pour eux, ça justifie les mesures qu’ils adoptent pour nous tenir par la main et nous dire quoi faire. Et aussi pour prendre notre argent dans nos poches.

Saviez-vous par exemple qu’il y a une loi au Québec et dans d’autres provinces qui impose un prix minimum pour la bière que vous achetez au magasin ? Eh oui, la bière pourrait coûter moins cher, mais le gouvernement a peur que vous en buviez trop si c’est trop bon marché. La Régie des alcools détermine donc un « prix minimum de vente au détail de la bière afin qu’il n’encourage pas à une consommation non-responsable » .

Ce n’est pas une blague, c’est écrit comme ça dans la loi. Le gouvernement considère que vous êtes incapables de vous contrôler et d’avoir une consommation responsable si le prix de la bière est trop bas. Et ça adonne bien, un prix plus élevé, ça amène plus de taxes dans les coffres du gouvernement.

Les gouvernements veulent nous protéger contre tous les dangers et les risques possibles de la vie en contrôlant nos actions. Mais qui va nous protéger contre les gouvernements ?

Les gouvernements contrôlent des pans entiers de l’économie, comme la santé et l’éducation. Des secteurs qui sont constamment en crise et où il semble toujours y avoir des problèmes de financement. Et pourtant, à chaque année, les budgets de ces programmes augmentent plus vite que le reste de l’économie. Comment est-ce possible ?

C’est l’ex-président américain Ronald Reagan qui a le mieux décrit la situation. Il a expliqué le point de vue des gros gouvernements interventionnistes comme ceci : si quelque chose bouge, taxez-le ; si ça continue de bouger, réglementez-le ; et si ça arrête de bouger, subventionnez-le !

Ce qu’il faut se demander en fin de compte, c’est pourquoi la taille des gouvernements a-t-elle tant augmenté? Est-ce que tout le monde souhaite vraiment avoir ces gouvernements gigantesques ? Est-ce que c’est pour ça que les gens votent ?

Des économistes ont tenté d’expliquer cette dynamique. Leurs recherches démontrent que certains groupes ont très fortement intérêt à s’organiser pour faire pression sur les politiciens.

Ces groupes de pression veulent des subventions, des mesures protectionnistes, des programmes sociaux plus généreux, des privilèges fiscaux ou légaux, une règlementation qui les favorise ou qui les protège de compétiteurs. Une faveur obtenue du gouvernement peut leur rapporter des bénéfices considérables.

Bien sûr, c’est vous les citoyens qui aurez à payer pour ces faveurs. Dans votre cas cependant, le montant que vous devez payer pour chaque mesure prise séparément n’est pas suffisamment important pour justifier de s’organiser pour s’y opposer. Vous n’avez sûrement pas le temps de participer à des réunions et à des manifestations dans la rue pour dénoncer une mesure spécifique du gouvernement qui va vous coûter dix dollars, même si dix dollars par ci, dix dollars par là, ça finit par donner des centaines et des milliers de dollars. Vous devez travailler et vous occuper de votre famille. Par contre, le lobby qui reçoit 100 millions de dollars grâce à cette mesure a un énorme intérêt à s’organiser et à faire pression sur les politiciens.

Il est très difficile pour les politiciens de dire non à ces lobbies. Les lobbies ont les moyens d’influencer les débats, de mobiliser rapidement des appuis et de susciter des controverses dans les médias. D’autre part, on n’entend jamais ce que vous, la majorité silencieuse, avez à dire, même si c’est vous qui allez payer la note.

Au sein du gouvernement, les fonctionnaires cherchent eux à obtenir un revenu plus élevé et d’autres avantages. Les fonctionnaires ne sont pas des saints qui se dévouent pour le public. Ils ont des intérêts à défendre eux aussi. Leur intérêt, c’est d’élargir les programmes qu’ils administrent, d’avoir de plus gros budgets, des titres plus prestigieux, des pouvoirs plus importants.

Les fonctionnaires ont une grande influence sur la prise de décision politique parce que ce sont eux qui contrôlent l’information et l’ordre du jour des politiciens. J’en ai fait l’expérience quand j’étais ministre de l’Industrie. J’ai dû me battre contre mes propres fonctionnaires pour réaliser mon objectif de déréglementer une partie du secteur des télécommunications dans le but de permettre plus de concurrence, d’offrir plus de choix et de réduire les prix pour les consommateurs.

Si les groupes d’intérêt et les fonctionnaires veulent un gouvernement plus interventionnistes et que les politiciens acceptent, alors les électeurs auront davantage de gouvernement, peu importe ce qu’ils veulent.

Voilà comment l’état grossit sans cesse. Voilà comment nous devenons de plus en plus endettés, de moins en moins libres et de plus en plus dépendants des gouvernements.

Qu’est-ce que nous pouvons faire – qu’est-ce que vous pouvez faire – pour renverser cette tendance ? D’abord, bien comprendre que la principale division en politique est celle entre, d’un côté, ceux qui veulent plus d’État, plus de programmes, plus de contrôle, plus de taxes et de règlements ; et, de l’autre, ceux qui veulent que les individus soient libres et responsables de leurs actions.

Si vous êtes partie de ce deuxième groupe, il y quelque chose que vous pouvez faire : demandez aux gouvernements qu’ils s’enlèvent de votre chemin. Demandez à vos élus plus de liberté. Demandez qu’ils vous traitent comme des adultes responsables. Parlez-en haut et fort à votre famille, à vos amis, à vos voisins.

Plus il y aura de gens qui comprendront et partageront ces idées, plus il sera possible de créer un contrepoids aux lobbies qu’on entend constamment dans les médias qui veulent plus d’intervention de l’État et qui veulent s’accaparer une plus grande partie de votre salaire. Ça incitera aussi les politiciens à tenir compte davantage des intérêts de la majorité silencieuse, de vos intérêts.

Pour conclure, c’est vrai que la politique, ça peut être ennuyant. Ça dégénère souvent en politicailleries. Mais si vous ne vous occupez pas de la politique, c’est la politique qui va s’occuper de vous et de votre portefeuille. En définitive, c’est à vous de décider si nous aurons une société plus libre, plus responsable et plus prospère.

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