Réflexions sur la crise économique

2016-05-10

Le 20 janvier dernier, j’étais invité par la Chambre de commerce de Saint-Georges-de-Beauce à présenter mes réflexions sur la crise économique. Voici le texte de mon allocution, que l’on peut également visionner sur la vidéo suivante. -- 18 april 2009

 

L’économie a toujours été ma passion: comment aider nos concitoyens à réaliser leurs rêves et ainsi améliorer leurs sort et, par le fait même, le monde dans lequel nous vivons.

Au cours des derniers mois, j’ai eu un peu plus de temps pour analyser la présente crise économique. Et aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous mes réflexions.

Entre 2001 et 2004, pour relancer l’économie après l’effondrement de la bulle technologique, la Réserve fédérale américaine a baissé fortement ses taux d’intérêt, jusqu’à 1%. En tenant compte de l’inflation, les taux d’intérêt réels étaient négatifs.

Qu’est-ce qui arrive lorsque les banques centrales maintiennent les taux d’intérêt artificiellement bas? Cela incite les gens à épargner moins, parce que le rendement sur l’épargne est plus bas. Et ils ont plus tendance à s’endetter, parce que le crédit devient plus facile à obtenir.

C’est comme si on subventionnait les gens pour les encourager à s’endetter. Mais on le sait tous: vivre sur la carte de crédit, ça ne peut pas durer indéfiniment! C’est justement ce qu’on a fait depuis vingt ans aux États-Unis, au Canada, et ailleurs dans le monde.

En 1990, l’endettement total des ménages canadiens en pourcentage de leur revenu disponible était de 90%. Aujourd’hui, ce ratio d’endettement dépasse 130%. En 1990, les ménages canadiens épargnaient environ 10% de leur revenu disponible. Le taux d’épargne est aujourd’hui tombé à 1%.

Certains pensaient que l’endettement des ménages ne posait pas de problème parce que les avoirs des Canadiens allaient continuer d’augmenter pour compenser leurs dettes.

En particulier parce que les prix des maisons grimpaient rapidement depuis la fin des années 1990, et que les placements dans les fonds de retraite prenaient de la valeur. Mais avec le ralentissement du marché immobilier et l’effondrement de la bourse, on sait maintenant que c’était une illusion monétaire.

Aux États-Unis, cette bulle s’est amplifiée avec l’aide du gouvernement américain. Celui-ci a incité les banques à accorder des prêts hypothécaires à risque et a encouragé ses concitoyens à acheter des maisons qu’ils ne pouvaient pas réellement se payer. Ce qui a contribué à une hausse insoutenable du prix des maisons de l’ordre de 10% à 15% par année.

En 2006, aux États-Unis, le marché des prêts à risque représentait 22 % de tous les nouveaux prêts hypothécaires. On connaît maintenant bien l’histoire. Ces prêts ont été transformés en titres et revendus sur le marché un peu partout dans le monde. Les institutions financières à travers le monde qui détenaient ces titres se sont retrouvées en difficulté lorsque des propriétaires sont devenus incapables de payer leur hypothèque et que le prix des maisons a commencé à baisser.

Cette crise financière s’est également transformée en crise économique mondiale à cause, entre autres, de la globalisation des marchés.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on doit faire pour sortir de cette crise? Certains prétendent qu’on devrait stimuler artificiellement la demande en injectant encore plus d’argent dans l’économie.

Mais d’où viennent donc les ressources qu’on injecte dans l’économie? Elles ne tombent pas du ciel, elles viennent d’ailleurs dans l’économie. On prend l’argent des uns pour le donner à d’autres. C’est comme prendre une chaudière d’eau dans le coin de la piscine où l’eau est profonde pour la jeter dans le coin où c’est moins creux.

Le gouvernement ne peut pas injecter de l’argent dans l’économie à moins de l’avoir d’abord soutiré aux particuliers et aux entreprises par des impôts et des taxes; ou de nous avoir endettés en l’empruntant.

On se fait aussi dire que chacun d’entre nous devrait continuer à s’endetter et à consommer pour faire rouler l’économie. Dans cette période d’incertitude, alors que plusieurs pourraient perdre leur emploi, c’est encourager les gens à être irresponsables.

Est-ce que ce n’est pas ça justement qu’on vient de vivre? Une période où on encouragerait les gens à s’endetter et à vivre au-dessus de leurs moyens?

C’est croire que plus nous consommons, plus nous devenons riches, alors que c’est pourtant le contraire qui est vrai: plus riches nous sommes, plus on peut consommer! Et on devient riche en travaillant, en épargnant et en investissant des ressources réelles, et en devenant plus productif. Il n’y a pas d’autres façons.

Roosevelt a prolongé la grande dépression pendant une dizaine d’années avec des politiques ultra interventionnistes. Les Japonais ont mis en place des politiques interventionnistes après l’éclatement de leur bulle immobilière à la fin des années 1980. Ils ont lancé des plans de dépenses gigantesques, ils ont pratiqué des taux d’intérêt à 0% pendant des années.

Le seul résultat concret a été que le Japon est passé du pays le moins endetté du G7 en 1995 au pays le plus endetté aujourd’hui. Et, vous savez quoi, 20 ans plus tard, le Japon est encore en crise économique.

Il y a une chose qui est encore plus dangereuse que cette crise économique: c’est la façon dont nous allons y réagir. En intervenant trop et mal, nous risquons de l’empirer et de la prolonger. La meilleure chose à faire, c’est de laisser le libre marché fonctionner.

Et en particulier, il faut réduire de manière permanente le fardeau fiscal sur les individus et les entreprises pour leur permettre de s’ajuster et de traverser la crise. Parce que les gens savent mieux que les politiciens et les bureaucrates à Ottawa quoi faire avec leur argent.

C’est ce que notre gouvernement a fait avec des mesures prises depuis 2006. Depuis le 1er janvier dernier, de nouvelles réductions d’impôt spécifiques sont en place: le nouveau compte d’épargne libre d’impôt, une augmentation du montant d’exemption personnelle à 10 100$ et la réduction du taux général d’imposition des sociétés à 19%. Grâce à ces réductions et à d’autres déjà en vigueur, en 2009-2010, nous paieront 31 milliards de dollars de moins en impôts et en taxes que ce qui était prévu.

Comme vous le savez, les partis d’opposition menacent de faire tomber notre gouvernement si le budget ne contient pas un ambitieux plan de dépenses.

Lorsque les partis d’opposition disent que la solution à la crise est de dépenser des montants énormes pour relancer l’économie, ils affirment en réalité que la solution à la crise est d’augmenter nos impôts, ou de s’endetter davantage. L’interventionnisme a déjà été essayé et a lamentablement échoué. Ne refaisons pas les erreurs du passé.

Dans le contexte politique actuel et avec un mandat minoritaire, nous devons évidemment faire des compromis. Mais il faut aussi garder le cap sur les principes fondamentaux qui ont fait leur preuve : la responsabilité financière et le libre marché. C’est en défendant ces valeurs que nous allons retrouver notre prospérité et garantir celle de nos enfants.